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Dr Nabila Azib : les excès de la chirurgie esthétique ne sont pas l’apanage de notre pays

Bien qu’il ait été retiré par TF1, le reportage sur la chirurgie esthétique au Maroc continue à faire couler beaucoup d’encre. Entretien rbati avec Dr Nabila Azib.

Après avoir recueilli l’avis du Docteur Taleb Bensouda à Casablanca, il nous semblait juste de recueillir l’avis d’une femme. Plus précisément celui d’une femme experte en chirurgie esthétique à Rabat.

Spécialiste en Chirurgie Plastique Réparatrice et Esthétique depuis 13 ans, Dr Nabila Azib a obtenu son diplôme en 2005, au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris. Membre du groupe scientifique Expert2Expert, référence internationale dans son domaine, speaker dans des conférences et coauteure de plusieurs ouvrages scientifiques, elle accepte de partager son opinion sur la chirurgie esthétique au Maroc.

En tant que chirurgien esthétique, avez-vous été indignée par le reportage diffusé sur TF1 ?

C’est surtout la femme Marocaine que je suis qui a été le plus indignée et scandalisée par ce reportage. Ce reportage nuit gravement à l’image de notre pays en présentant des messages subliminaux tendancieux, où les images ont été montées en épingle avec beaucoup d’ironie malsaine. La femme que je suis ne peut tolérer que son image à l’Étranger soit réduite à celle d’une femme objet, superficielle, ne se souciant que du calibre de ses fesses ! La plupart des séquences ont conduit à véhiculer une image caricaturale de la femme marocaine que je trouve personnellement inacceptable.

En tant que chirurgien esthétique, je m’indigne de voir notre noble métier rabaissé à un tel niveau.  Les excès de la chirurgie esthétique ne sont pas l’apanage de notre pays ! Un simple tour sur le net vous montrera qu’aucun pays n’en est exempt ! Sauf que sous couvert de liberté d’expression, certains journalistes en quête de sensationnel, font des reportages dans lesquels ils manipulent les images, font sortir les choses de leur contexte, sans donner l’occasion aux protagonistes de revoir le montage final.

Pensez-vous que la France autoriserait des journalistes Marocains à réaliser de tels reportages chez eux ?

Les parallèles constants avec la religion n’étaient pas d’à propos. La chirurgie esthétique est en vogue dans tous les pays du monde, toutes religions confondues. Ce reportage ne reflète pas du tout la réalité du Maroc moderne et de la Femme marocaine en particulier. D’ailleurs, le nombre d’interventions réalisées en chirurgie esthétique au Maroc et les tarifs exorbitants avancés, sont totalement faux. En exagérant les prix et en mettant en avant des cas de transformations extrêmes, le but de ces journalistes était sans doute de dissuader les patientes étrangères à venir se faire opérer au Maroc.

Enfin, ce focus sur Casablanca et ce malheureux comparatif avec Rabat n’a fait que raviver des plaies non cicatrisées, laissant croire que seule la capitale économique disposait de chirurgiens compétents… Le Maroc compte plus de 70 plasticiens, de renommée internationale, pour certains. Dans cette séquence d’une grande maladresse, j’y ai vu plus de petitesse et d’indélicatesse que d’information. Quant à nos confrères Casablancais, objets du reportage, ils disent avoir été autant surpris que nous par le montage des images et le détournement de son objectif initial.

Peut- on croire que le profil des patients que vous recevez correspond à celui qui a fait l’objet du reportage ?

En aucun cas ! Mon rôle en tant que chirurgien de la Beauté est justement de freiner les demandes farfelues et excessives. La chirurgie esthétique est selon moi une chirurgie de l’âme avant d’être celle du corps. Elle doit s’adresser à des patients qui ne sont pas (ou plus) à l’aise avec leur corps ou leur image. Les patients que je reçois présentent des disproportions et dysharmonies corporelles psychologiquement gênantes, d’origine constitutionnelle, génétique ou en rapport avec des variations de poids ou secondaires aux grossesses.

Quant aux actes concernant le visage, il s’agit soit de rajeunissement soit d’embellissement. Toutes ces procédures devraient avoir pour mot d’ordre harmonie, naturel et respect des proportions. Le résultat doit être beau, subtil et discret et c’est cela que recherchent les patients que je reçois à ma consultation. Notre rôle est de les conseiller et de les accompagner dans leur quête vers leur bien-être et leur équilibre.

Selon vous, la beauté est-elle universelle ou culturelle ? Y a-t-il des normes à respecter.

La beauté est universelle, culturelle et intemporelle. Elle est très facile à percevoir mais difficile à définir. La beauté est dans le regard de l’autre. Seuls les idéaux de beauté et les tendances ont évolué avec le temps et selon les cultures. En Égypte ancienne, la tendance était aux corps minces, musclés et athlétiques. A la Renaissance, la mode était à l’embonpoint, signe de richesse et bonne santé. La beauté en chirurgie esthétique a un point commun avec la beauté dans l’Art, la nature ou encore l’architecture : le Chiffre d’Or décrit par Leonard de Vinci en 1509. Cette équation décrite dans l’Homme de Vitruve et la Spirale de Fibonacci est retrouvée dans toutes les créations artistiques, mais aussi en chirurgie esthétique, sitôt que le résultat obtenu est beau. C’est cette norme, ces proportions idéales que je m’efforce de respecter quand que je dois sculpter un corps ou remodeler un visage.

Nous assistons à des demandes surréalistes de la part des patients, vous arrive-t-il d’en refuser par éthique ?

Contrairement à ce qui a été mis en avant dans ce reportage ciblant le Maroc, les demandes surréalistes demeurent exceptionnelles. Comme dans tous les pays du monde, les chirurgiens plasticiens auront toujours quelques rares demandes de l’extrême, venant de patients influencés par les réseaux sociaux et autres magazines people. Je refuse personnellement de céder aux exigences des patientes en quête du too much car je ne veux pas que la notion du beau et du naturel se perde. Notre éthique nous impose des limites et jamais je ne les franchirai.

Trouvez- vous normal que les interventions chirurgicales soient filmées et diffusées sur les réseaux sociaux, sachant que c’est un acte médical.

Oui, filmer et diffuser des interventions chirurgicales a un rôle didactique et rassurant. Cependant nous veillons particulièrement à éviter la diffusion d’images choquantes ou trop dures pour le grand public. Comme nous veillons particulièrement à préserver l’anonymat et l’intimité des patients. Quand il nous arrive de les publier, c’est toujours avec leur consentement.

La chirurgie esthétique s’est démocratisée. D’après vous, à quel moment peut-on commencer à l’envisager… ou pas ?

La Chirurgie Esthétique s’adresse à tout patient majeur. Nous l’envisageons quand le besoin et la motivation sont réels et quand nous allons pouvoir contribuer à son mieux-être.

Que pouvez- vous dire aux personnes choquées par ce reportage ?

Je veux leur dire que comme eux, j’ai été choquée par l’atteinte à l’image de la femme Marocaine et par l’atteinte aux valeurs de la chirurgie esthétique au Maroc. Ce reportage cherchait le sensationnel et l’audimat en caricaturant le Maroc. Ils ont réussi à créer le buzz… tout le monde en parle. C’est une caricature de mauvais gout et la vérité est ailleurs. Par ailleurs, notre quotidien est fait de gens heureux de retrouver une meilleure mine, une plus jolie silhouette, des personnes décomplexées car on a pu corriger un défaut devenu gênant. Le reste n’est que futilité et mauvaise foi…

Khadija Dinia

Passionnée par l'univers du luxe, KD alias Didije est une journaliste influenceuse qui rayonne. Son énergie débordante est contagieuse, présageant un futur glorieux à cette nouvelle aventure. Créative, elle jongle entre papier et digital, en s’inscrivant aux tendances du moment. Elle met sa plume, son regard et son coeur au service des marques, valorisant tout type de contenu.

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